Entrevue de PCR avec les médias Russe et Italien


Publié le 20 novembre 2014

Entrevue de Paul Craig Roberts pour pravda.ru (voir ci dessous) et remocontro.it.

J’ai récemment eu la chance d’avoir une entrevue avec Paul Craig Roberts. Je rappelle brièvement, pour les non initiés, que le Docteur Roberts était un haut fonctionnaire au gouvernement américain, conseiller économique du Président des États-Unis lors du premier mandat de Ronald Reagan. Nous lui devons la création des Reaganomics, la politique économique mise en place par Reagan pour relancer l’économie américaine, alors stagnante. Le Docteur Roberts fut aussi membre d’une commission secrète de contrôle de la CIA, mise en place pour vérifier l’information fournie par les services secrets sur la continuation de la Guerre froide contre l’Union soviétique. Il est toujours très au fait des rouages du pouvoir à Washington et est reconnu pour son analyse politique, souvent dissonante de celle des médias de grande diffusion.
Costantino Ceoldo

CC – Dans l’un de vos récents articles, , vous dites qu’il existe un « establishement » (NdT : que je traduis par « l’élite », les « élites dominantes », la « technocratie »…) dans lequel à la fois les Républicains et les Démocrates ont voté pour conserver le pouvoir et manifester de l’hostilité envers n’importe quel président indépendant et faisant preuve d’autorité. Comment en est-on arrivé là en plus que cette situation semble trouver ses racines il y a plusieurs décennies ?

PCR – La faculté du gouvernement de taxer, emprunter, et émettre de la monnaie donne au gouvernement une autorité sur les ressources privées. Les bénéficiaires de ces ressources peuvent être, dans certains cas, les gens ordinaires. Plus souvent, les bénéficiaires sont les intérêts privés qui sont alliés au gouvernement. Avec le temps, ces intérêts privés se sont renforcés et sont devenus une élite dominante. Aux États-Unis, cette élite est constituée de groupes d’intérêts privés – comme le secteur financier, le complexe militaro-industriel, le lobby israélien, les industries d’extraction (minière et d’hydrocarbure), et l’industrie agraire – qui rédigent les lois adopté par le gouvernement. Les partis politiques servent ces intérêts en échange d’importants financements de campagne qui font élire les gouvernements. Les deux partis politiques américains s’affrontent pour se prostituer à ces intérêts privés, parce que le parti majoritaire peut rendre plus de services et reçoit ainsi plus d’avantages. Quand des politiciens qui ne sont pas issu du sérail, comme Jimmy Carter et Ronald Reagan, qui sont tolérés tant qu’ils ne vont pas plus loin qu’un poste de gouverneur, arrachent leur candidature des mains de l’élite dominante grâce aux élections primaires et se font élire, ils mettent en péril l’emprise de cette élite. Par exemple, lorsque les élites démocrates se sont rendu compte que Franklin D. Roosevelt mourrait avant la fin de son quatrième mandat ils ont écarté sont populaire vice président, Henry Wallace, et choisi un homme effacé et facilement contrôlable, Harry Truman. Ils étaient en mesure d’utiliser Truman pour créer la très profitable Guerre froide, qui allait assuré de confortable rentré d’argent pour le complexe militaro-industriel pour de nombreuses années.

CC – Pensez vous qu’il est juste de parler de l’existence, d’un point de vue politique, d’une sorte de « génération PowerPoint » ? Il s’agit de ces personnes occupant des postes à responsabilités dont les structures mentales sont extrêmement simplifiées, linéaires et en cascade, donc incapable de penser en dehors des sentiers battus, en dehors de la question de leur honnêteté.

PCR – Je ne peux pas m’exprimer pour chaque pays. Aux États-Unis, le pouvoir est occupé par les néoconservateurs. Leur dénomination est trompeur. Ils ne sont pas conservateurs. Leurs pères proviennent de la gauche trotskiste. Avec l’éclatement de l’Union soviétique en 1991, les néoconservateurs en ont conclu que l’Histoire a choisi les capitalistes, pas les travailleurs, et que l’Amérique était le pays « exceptionnel et indispensable » dont la destiné était d’exercer une hégémonie sur le monde. C’est semblable à la théorie Trotskiste de la révolution mondiale, mais au profit du capital américain, pas celui des travailleurs. La poursuite de cette politique a tracé la ligne directrice de la politique étrangère des États-Unis depuis l’ère Clinton. Les vies de millions de personnes ont été sacrifiées pour la suprématie américaine.

CC – Peut on en déduite que la politique américaine actuelle est le produit de cette génération aux « vues étroites » ? Si c’est le cas, selon vous, à quel point les élites militaires sont ils influencés ?

PCR – Je ne pense pas que les États-Unis soient encore capable de produire de véritables dirigeants. Le gouvernement n’est qu’un outil utilisé pour des intérêts privés. Les élites militaires sont bénéficiaires de la mobilisation et de la guerre, car les promotions sont plus rapides et les officiers prennent leur retraite avec des pensions plus élevées. Lorsque l’un d’eux atteint le rang de Major Général ou Lieutenant Général, les opportunité de consultation par le secteur privé et le Pentagone affluent tout comme les postes de direction dans l’industrie de la « défense ».Les récompenses financières rendent les généraux complices de la propagande au sujet des menaces permanentes, qu’il s’agisse de menaces « terroriste », musulmane, russe, ou chinoise.

CC – Certaines personnes, ici en Italie par exemple, croient que la politique américaine actuelle est la conséquence de la crise de ce qu’ils appellent « l’Empire américain ». Ici le terme « Empire » est employé dans un sens différent du sens usuel, mais il décrit tout de même une forme de gouvernement autoritaire et liberticide. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

PCR – Les Européens sont responsable de l’Empire américain. Les Européens ont foncé dans la Guerre froide, avec cette vision de l’Armée rouge submergeant l’Europe et violant toutes les femmes comme ils l’avaient fait en Allemagne, et ont aligné leur défense et leur politique étrangère sur Washington. Aucun « dirigeant » européen n’échappe à l’emprise de Washington.

CC – En faisant le lien avec ma précédente question, je voudrais proposer cette analogie : la situation sociale actuelle aux État-Unis et dans une partie du monde occidental peut être comparé à ce qu’il est advenu dans l’ancienne République romaine dans ses dernières années, avec le meurtre de César comme déclencheur de guerres civiles et catalyseur de l’éclatement de l’Empire romain. Jusqu’où pouvons nous aller avec cette comparaison ?

PCR – La République américaine a été détruite dans la prétendue Guerre civile américaine. Cette guerre avait pour objet l’Empire, pas l’esclavage. Lincoln lui même avait déclaré qu’il aurait soutenu l’esclavage si cela pouvait préserver l’Empire. Dès que les criminels de guerre de l’Union avaient détruit le Sud, ils ont détruits les Indiens des Plaines, ouvrant de ce fait l’Ouest à l’exploitation par des intérêts privés.

CC – Les récentes élections de mi-mandat ont transformé le Président Obama en « canard-boiteux ». Quelle sera selon vous la physionomie des deux dernières années de la présidence Obama ?

PCR – Le « canard boiteux » à fait long feu. Obama représente les élites dominantes tout comme ce sera le cas de son successeur. Les attaques des Républicains envers Obama symbolisent leurs espoirs de devenir la prochaine prostituée au service des intérêts privés qui dirigent l’Amérique, et de devenir ceux qui récoltent les récompenses.

CC – Fondamentalement, quel est le futur immédiat pour la Syrie, l’Iran et l’Ukraine ? La Russie est elle vraiment la plus grande menace pour l’humanité après Ebola ?

PCR – Preuve est faite que la Russie n’a menacé aucun pays. Le gouvernement russe est totalement non conflictuel. La Russie en appelle incessamment au droit international sans résultat. La position de Washington est, qu’étant un « pays exceptionnel », il se situerait au dessus des lois, à la fois internationales et domestiques. Washington veut renverser la Syrie car c’est un pays du Moyen Orient qui n’est pas dirigé par une marionnette de Washington. L’Ukraine est historiquement une partie intégrante de la Russie. En renversant le gouvernement ukrainien élu et en y installant ses marionnettes, Washington a causé des difficultés à la Russie. Tout comme la Chine, la Russie est un obstacle à l’hégémonie de Washington, et la déstabilisation de ses obstacles est la ligne directrice de la politique étrangère de Washington. Les États captifs européens acceptent la course à la guerre contre la Russie et la Chine que mène Washington. Cette guerre sera nucléaire et mettra un terme à toute vie sur Terre.

CC – Finalement, selon vous, que pouvons nous attendre du prochain président américain ? Qu’il s’agisse de Jeb Bush ou de Hillary Clinton ou même d’un autre concurrent, qu’est ce qui va changer et qu’est ce qui ne va pas changer dans la politique américaine ?

PCR – La seule chose que nous pouvons attendre du prochain président des États-Unis est toujours plus de guerre, plus de meurtre, et plus d’oppression du crédule peuple américain. Un peuple aussi désinformé et crédule que le peuple américain n’a aucun avenir. Les américains sont déjà mort et que l’Histoire s’apprête à engloutir.

Entrevue menée par Costantino Ceoldo


Article original en anglais.

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