Crimes présidentiels : Hier et aujourd’hui – Paul Craig Roberts

Publié le 3 novembre 2014


MISE A JOUR : Pat Buchanan qui était à la Maison Blanche avec Nixon et Reagan m’a écrit en réponse à cet article :
« Craig, vous touchez dans le mille dans ce que vous écrivez au sujet de Nixon et Reagan et ce qu’ils ont voulu dans leurs mandats. Reagan parlait souvent de ces « armes atroces », c’est à dire les armes nucléaires. J’étais à Reykjavik avec lui, et j’étais stupéfait, à la maison Hodfe, d’apprendre que Reagan était tout disposé à les brader. Et lorsque, des années après, Tom Wicker a commenté favorablement la présidence Nixon, il a judicieusement intitulé son livre « L’un d’entre Nous ». Toute sa vie, Nixon a recherché l’approbation de la nomenklatura. Je suis désormais engagé dans un nouveau livre, basé sur mon expérience et mes dossiers de la Maison Blanche, et dans cette tâche, je le pressais d’être et de devenir le type de président conservateur que je voulait voir, mais il ne l’a jamais été. Mes remerciements pour avoir présenté « Le Grand Retour », qui couvre toute la période lors de laquelle j’étais au plus proche de lui. Amicalement, Pat. »


Crimes présidentiels : Hier et aujourd’hui – Paul Craig Roberts

Écrire pour les Américains n’est pas toujours une sinécure. Beaucoup de lecteurs veulent voir leur préjugés confirmés, et non remis en question. L’émotion dirige leur raison, et ils sont capables d’une résistance farouche aux faits et ne se gênent pas d’étaler leur impolitesse et leur ignorance. En effet, certains sont si fiers de leur lacunes qu’ils ne peuvent se retenir de les exposer aux autres. Certains ne savent tout simplement pas lire et confondent explications avec justifications comme si le fait d’expliquer quelque chose justifiait la personne ou l’événement présenté. Heureusement, tous les lecteurs ne sont pas handicapés de nos jours ou bien il serait vain d’essayer d’informer le peuple américain.

Dans un article récent, j’ai utilisé certains scandales de l’ère Clinton pour faire une remarque concernant les médias, remarquant que ces derniers et le peuple américain étaient plus intéressés par les écarts sexuels de Clinton et ses choix de sous-vêtements que par les nombreuses anomalies accompagnant des événements aussi graves que l’attentat à la bombe d’Oklahoma City, Waco, et la mort mystérieuse d’un conseiller juridique de la Maison-Blanche.

Les allergiques à Reagan ont des réponses infantiles, tempêtant que les mêmes normes devraient être appliquées à mon « cher Ray-Gun (Reagan) adoré » qu’à Clinton. Ces lecteurs ne peuvent pas comprendre que les articles ne concernaient pas Clinton, mais le traitement sensationnaliste des médias de sujets secondaires afin de détourner l’attention des sujets sérieux. Les exemples tirés de l’ère Clinton étaient utiles car rien ne résume mieux l’intérêt que le public américain porte à la vie politique que la question posée par cette jeune femme au Président Clinton : « slip ou caleçon ? »

Il est peu probable que les journalistes et les historiens soient capables de fournir des explications précises sur chaque mandat présidentiel. Même les personnes impliquées personnellement ne savent pas pourquoi certaines choses arrivent. J’ai assisté à des réunions à la Maison-Blanche desquels chaque participant repartait avec une compréhension différente de ce qu’était la politique présidentielle. Cela ne provenait pas d’un manque de clarté de la part du président, mais de la diversité d’intérêts modelant la politique.

Beaucoup d’Américains considèrent la Maison-Blanche comme un repère de puissants qui peuvent obtenir ce qu’ils veulent en un claquement de doigt. Le fait marquant est que les présidents n’ont aucune idée de ce qu’il se passe dans les vastes cabinets ministériels et les organismes fédéraux qui constituent « leur » administration. Des pans entiers de l’administration sont des États dans l’État. « L’État Profond », au sujet duquel Mike Lofgren, ancien employé sénior du Congrès, a écrit, n’est plus responsable devant qui que ce soit. Mais même la partie responsable du gouvernement ne l’est plus. Par exemple, le flux d’informations des cabinets ministériels, comme la défense, les affaires étrangères, le Trésor, passent par les Secrétaires Adjoints, qui contrôlent le flux d’information des Secrétaires, qui informent le Président. Les fonctionnaires peuvent déformer l’information d’une façon, les Secrétaires adjoints d’une autre, et les Secrétaires d’une autre façon encore. Si les Secrétaires rapportent l’information au Chef de Cabinet de la Maison-Blanche, l’information peut être déformée une fois encore. A mon époque, avant que George W. Bush et Dick Cheney ne nous donne le Département de la Sécurité Intérieure, aux faux airs de Gestapo, les Services Secrets rendaient des comptes au Secrétaire Adjoint du Trésor, mais les fonctionnaires n’avaient aucun moyen d’évaluer la fiabilité de l’information. Les Services Secrets transmettent les informations qu’il plait aux Services Secrets de transmettre.

Ceux qui pensent que « le Président sait » peuvent mettre à l’épreuve leur conviction en essayant de se tenir informé des annonces journalières de tous les organismes et les ministères du gouvernement. Il est de notoriété publique que les PDG des grandes entreprises, dont la taille est modeste comparé au gouvernement américain, ne peuvent savoir tout ce qu’il se passe dans leurs entreprises.

Nixon : Traitre ou Réformateur centriste ?

Je ne suis pas particulièrement bien informé sur les mandats de nos différents présidents. Toutefois, je pense que les mandats de Nixon et Reagan sont les moins bien compris. Ces deux Présidents avaient plus d’opposant idéologique parmi les journalistes et les historiens qu’ils n’avaient de défenseurs. En conséquence, leurs histoires sont déformées selon l’image que veulent donner d’eux leurs opposants idéologiques. Par exemple, comparez votre point de vue sur Richard Nixon avec le portrait qu’en tire Patrick Buchanan dans son dernier livre, « Le Grand Retour » (The Greatest Comeback). Il n’est pas nécessaire de partager le point de vue de Buchanan sur les problèmes de notre temps, où la façon dont Buchanan situe, ou essaie situer, Nixon sur différents sujets, pour en apprendre beaucoup dur Nixon. Buchanan peut se tromper sur certains sujets, mais il n’est pas malhonnête.

Pour un politicien, Richard Nixon était une personne très bien informée. Il a beaucoup voyagé, rencontrant des dirigeants étrangers. Nixon fut le Président le plus instruit sur la politique étrangère que nous ayons eu. Il en savait plus que Obama, Bush Sénior et Junior, Clinton, Reagan, Ford et Johnson réunis.

La gauche a créé une image de Nixon, paranoïaque et secret, avec une longue liste d’ennemis, mais Buchanan démontre que Nixon était ouvert, c’était un politicien entouré d’un large spectre de conseillers. Il ne fait aucun doute que Nixon avait des ennemis. Beaucoup d’entre eux continuent d’agir contre lui longtemps après sa mort.

En effet, c’est l’ouverture de Nixon qui a rendu les conservateurs suspicieux envers lui. Pour garder les conservateurs dans son camp, Nixon a usé de rhétorique, et c’est la rhétorique plutôt que sa politique qui a suscité la détestation au sein de la gauche. L’habitude de se concentrer sur le discours plutôt que sur les actes est une autre indication de l’inconsistance de la compréhension américaine de la politique.

Probablement, les États-Unis n’ont pas eu de président plus à gauche que Nixon. Nixon a affronté les conservateurs et constitué une Agence de Protection de l’Environnement (EPA) aux ordres de l’exécutif. Il a soutenu la loi sur la Propreté de l’Air de 1970. Nixon a étendu au niveau fédéral le programme Medicaid pour les familles pauvres ayant des enfants à charge et proposé d’imposer que les employeurs privés fournissent une assurance santé à leurs employés. Il a supprimé la ségrégation raciale dans les écoles publiques et a mis en œuvre le premier programme de discrimination positive du gouvernement fédéral.

Déclarant que « il n’est pas possible sur cette planète, pour un milliard de gens potentiellement les plus compétents, de vivre dans une sévère isolation », Nixon a élaboré l’ouverture vers la Chine communiste. Il a mis un terme à la Guerre du Vietnam et remplacé les conscrits par des engagés volontaires dans l’armée. Il a mis en place des échanges commerciaux avec l’Union soviétique et négocié avec le dirigeant soviétique Brejnev un traité historique de contrôle des armes stratégiques, SALT I, et le traité anti-balistique en 1972, qui a tenu 30 ans jusqu’à ce que le régime néoconservateur de George W. Bush ne l’enfreigne, avant d’y mettre fin en 2002.

Voila des réalisations stupéfiantes pour un Président, particulièrement un Républicain. Mais si vous demandez à un Américain lambda ce qu’il sait de Nixon, la réponse est le Watergate et la démission forcée du Président.

Je suis convaincu que l’ouverture que Nixon a faite à la Chine et le traité de contrôle des armements et la détente avec l’Union soviétique menaçait le pouvoir et les profits du complexe militaro-industriel. Le scandale du Watergate fut une machination utilisé pour se débarrasser de cette menace. Si vous lisez le dossier sur le Watergate par Woodward et Bernstein dans le Washington Post, vous n’y trouvez pas de réelle information. Au lieu d’information, on trouve des mots employés pour créer une atmosphère inquiétante et sinistre qui est attribué à Nixon.

Nixon lui-même n’a rien fait qui justifie une destitution, mais sa politique de gauche lui a aliéné les Républicains conservateurs. Les Conservateurs n’ont jamais pardonné à Nixon d’avoir négocié avec Zhou Enlai l’appartenance de Taïwan à la Chine communiste. Lorsque le Washington Post, John Dean, et un morceau manquant d’un enregistrement ont mis Nixon en difficulté, les conservateurs ne sont pas montés au créneau pour le défendre. La gauche fut ravie que Nixon ai ce qu’il mérite pour avoir soutenu la dénonciation et les poursuites à l’encontre de Alger Hiss deux décennies plus tôt.

L’ère Reagan est incomprise elle aussi. Tout comme le Président Jimmy Carter n’était pas considéré comme un favori par les élites démocrates de Washington, Ronald Reagan ne l’était pas d’avantage par les élites républicaines, dont le candidat était George H.W. Bush. Tout comme la présidence de Carter a été paralysé par la classe dominantes de Washington par un coup monté contre le Directeur du Budget et le Chef de Cabinet de la Maison-Blanche, Reagan fut partiellement neutralisé avant même d’entrer en fonction, et les élites dominantes ont éliminé successivement deux Conseillers à la sécurité nationale qui étaient loyaux envers lui.

Les priorités de Reagan et les objectifs des élites

Lorsque Reagan a gagné l’investiture présidentielle républicaine, il avait été averti que bien qu’il ait vaincu les technocrates lors des primaires, les électeurs ne pourraient pas lui venir en aide à Washington. Ils ne devaient pas reproduire l’erreur de Goldwater et esquiver le pouvoir républicain, mais choisir leur candidat pour la vice-présidence. Dans le cas contraire, la nomenklatura républicaine s’emploierait à le faire perdre lors des élections présidentielles tout comme Rockfeller avait affaibli Goldwater.

En tant qu’ancienne gloire du cinéma, Nancy Reagan attachait beaucoup d’importance à son apparence. L’équipe californienne de Reagan était très bigaré. Lynn Nofziger, par exemple, portait une barbe et une cravate nouée de façon désinvolte, quand il en portait une. Il sortait de son bureau en chaussette, sans chaussure. Quand Nancy a vu l’homme de confiance de Bush, James Baker, elle en a déduit que cet homme, toujours tiré à quatre épingle, était celui qui devait être photographié auprès de son mari. En conséquence, pour son premier mandat, Reagan a eu comme Chef de Cabinet le lieutenant le plus compétent de Bush.

Obtenir que le programme de Reagan soit mis en œuvre alors que la technocratie républicaine tenait le poste de Chef de Cabinet fut une dure épreuve. Je n’insinue pas que James Baker était malveillant ou souhaitait nuire à Reagan. Pour un membre de l’élite républicaine, James Baker était très intelligent, et il était bien difficile de ne pas l’apprécier.

Baker avait deux handicaps. Il ne faisait pas partie de l’équipe Reagan et ne comprenait pas pourquoi nous étions là, ni pourquoi Reagan avait été élu. Les Américains voulaient que soit mis un terme à la stagflation qui a ruiné la présidence de Jimmy Carter, et ils étaient fatigués de la guerre froide en cours contre l’Union soviétique et de la menace permanente de cataclysme nucléaire qui l’accompagnait.

Ce n’est pas que Baker (ou le vice-Président Bush) était personnellement opposé à ces objectifs. Le problème était, et c’est toujours le cas, que la technocratie, républicaine ou démocrate, était disposée non à répondre aux enjeux mais à arranger les intérêts privés intégrés à cette technocratie. Pour les élites dominantes, conserver le pouvoir est l’enjeu primordial.

Les élites républicaines et la Réserve fédérale n’ont pas compris la politique économique de l’offre voulue par Reagan. pendant toute la période d’après guerre, les baisses des impôts ont été accompagnées de gestions keynésiennes de la demande au niveau macroéconomique stimulant la demande globale. L’administration Reagan a hérité d’une inflation élevée, et les économistes, Wall Street, et la technocratie républicaine ont cru, faussement, que la politique de l’offre de Reagan allait relancer la consommation, ce qui ferait exploser l’inflation, déjà élevée.

Par dessus tout, les conservateurs du Congrès étaient perturbés à l’idée que la politique de Reagan puisse aggraver le déficit – ce qui est pire que tout selon eux.

La politique de l’offre de Reagan a été conçue non pas pour augmenter la demande globale, mais pour augmenter l’offre globale. Au lieu d’augmenter les prix, la production et l’emploi allaient augmenter. C’était une façon radicalement nouvelle d’orienter la politique fiscale, mais au lieu d’aider les gens à comprendre cette nouvelle politique, les médias ont tourné en ridicule et discrédité cette politique comme relevant du « vaudou », de la « théorie du ruissellement », et de « baisse d’impôt pour les riches ». Cette déconsidération est toujours d’actualité trois décennies plus tard.

Toutefois, la politique de l’offre a été partiellement mise en place. Cela a suffit pour arrêter la stagflation et a jeté les bases du succès économique de Clinton.

La fin de la guerre froide et les mauvais conseils de la CIA

L’objectif du Président Reagan de mettre un terme à la guerre froide a été contrarié lui aussi par les conservateurs et les élites. Les conservateurs ont prévenu que les soviétiques je joueraient habilement de Reagan et tireraient profit des négociations. La technocratie considérait l’objectif de Reagan comme un danger pour le complexe militaro-industriel comparable à l’ouverture de Nixon vers la Chine et les traités de désarmement avec l’Union soviétique. Le Président John F. Kennedy avait menacé les mêmes puissants intérêts lorsqu’il s’est rendu compte, après la crise des missiles de Cubas, que les États-Unis devaient mettre un terme au risque d’une confrontation nucléaire avec l’Union soviétique.

Avec le succès de sa politique économique replaçant l’économie américaine sur ses jambes, Reagan a voulu forcer une fin négociée de la guerre froide en menaçant les Soviétiques d’une course à l’armement que leur économie faiblissante ne pouvait supporter. Cependant, la CIA a averti Reagan que s’il relançait la course à l’armement, il en sortirait perdant, parce que l’économie soviétique, centralisée et planifiée, était entre les mains des dirigeants soviétiques, qui, à l’inverse de Reagan, pouvaient consacrer un budget aussi important que nécessaire pour gagner cette course.

Reagan n’a pas cru la CIA. Il a créé une Commission présidentielle secrète ayant autorité pour enquêter sur les preuves sur lesquelles la CIA s’appuyaient, et il m’a nommé dans cette Commission. Cette Commission a conclu que la CIA se trompait.

Reagan nous a toujours dit que son but était de mettre fin à la guerre froide, pas de la gagner. Il disait que la seule victoire qu’il désirait était de réussir à éliminer la menace d’extermination nucléaire. Il a été parfaitement clair sur le fait qu’il ne désirait pas faire la peau aux Soviétiques. Tout comme Nixon, pour garder les conservateurs de son coté, il a emprunté leur rhétorique.

Traiter la stagflation et mettre fin à la guerre froide étaient les principales préoccupations du Président Reagan. Je peux me tromper, mais je ne crois pas qu’il n’accordait pas beaucoup d’intérêt à autre chose.

La Grenade et les Contras au Nicaragua furent exposés au président Reagan, par le complexe militaro-industriel, comme des interventions nécessaires pour avertir les Soviétiques qu’il ne serait plus toléré de conquêtes de leur part et, de cette façon, les pousser vers la table des négociations pour mettre un terme à la menace nucléaire. Au contraire des régime de George W. Bush et d’Obama, l’administration Reagan n’avait pas l’ambition d’un Empire américain universel exerçant son hégémonie sur le monde. La Grenade et le Nicaragua ne participaient pas d’une logique de constitution d’un Empire. Reagan les envisageaient comme un message lancé aux Soviétiques : « vous n’irez pas plus loin, alors négocions ». Certains conservateurs ont considéré les mouvements révolutionnaires à la Grenade et au Nicaragua comme des renversements communistes, mais la préoccupation générale étaient qu’ils s’allient à l’Union soviétique, créant ainsi des situations similaires à celle de Cuba. Même le Président Carter s’opposait à l’émergence d’un gouvernement de gauche au Nicaragua.

Les États-Unis jouent le jeu de la Politique étrangère

Aujourd’hui, les gouvernements occidentaux soutiennent les invasions de Washington, et y participent, mais pas à l’époque. L’invasion de la Grenade a été critiquée à la fois par les gouvernements britanniques et canadiens. Les États-Unis ont du faire usage de leur droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU pour se protéger d’une condamnation pour « violation flagrante du droit international ».

Les Sandinistes au Nicaragua étaient des réformateurs opposés à la corruption du régime de Somoza qui obéissait aux intérêts de Washington. Les Sandinistes ont suscité une opposition de la part de Washington similaire à celle qu’ont rencontrés tous les gouvernements réformateurs d’Amérique latine. Washington a traditionnellement considéré les réformateurs d’Amérique latine comme des mouvements marxistes révolutionnaires et ont systématiquement renversé les gouvernements réformateurs en faveur de United Fruit Company ainsi que d’autres intérêts privés ayant de grandes exploitations dans des pays dirigés par des gouvernements non légitimes.

La politique de Washington était, et est encore aujourd’hui, à courte vue et hypocrite. Les États-Unis auraient du s’allier avec les gouvernements légitimes, plutôt que de lutter contre eux. Cependant, aucun Président américain, quel que soit sa sagesse et ses bonnes intentions, n’aurait défié la combinaison des intérêts, politiquement connectés, de sociétés américaines et de la peur de nouveaux Cubas. Souvenons-nous de la confession du Général Smedley Butler selon laquelle lui et ses Marines ont servi à rendre l’Amérique latine sûre pour United Fruit Company et « certains investissements pas très propres des banquiers ».
[Anglais] Smedley Butler on Interventionism

L’information c’est le pouvoir

Les Américains, même les mieux informés, exagèrent considérablement les connaissances de nos Présidents et la neutralité des informations qui leurs sont fournies par les différents agents et conseillers. L’information c’est le pouvoir, et les Présidents obtiennent les informations que Washington veut bien qu’ils obtiennent. A Washington les intérêts privés foisonnent, et aucun Président n’est à l’abri de ces intérêts. Un Secrétaire de Cabinet, un Directeur de Budget, un Chef de Cabinet de la Maison Blanche, qui connait les rouages de Washington et qui a des alliés dans les médias est susceptible, s’il le souhaite, d’élaborer un ordre du jour indépendamment de la volonté du Président.

Les élites dominantes préfèrent avoir une nullité comme Président, un individu sans expérience, et un entourage de partisans intelligent à son service. Harry Truman était, comme Obama est aujourd’hui, malléable dans les mains des élites.

Si vous lisez le livre d’Oliver Stone et Peter Kuznick, la Vrai Histoire des États-Unis, vous découvrirez que la nomenklatura démocrate, se rendant compte que Franklin D. Roosevelt ne survivrait pas à son quatrième mandat, a écarté Henry Wallace de la vice-présidence pour le remplacer par l’inconsistant Harry Truman. Avec Truman en poste, le complexe militaro-industriel était en mesure de créer la guerre froide.

De mal en pis

Les violations de la loi des années Nixon et Reagan ne sont rien du tout comparées aux crimes de Clinton, Georges W. Bush et Obama, et les crimes avaient été punis. Nixon et Reagan auraient été destitués s’ils avaient commencé des guerres majeures au Moyen-Orient basées sur des mensonges. Ou s’ils avaient employé les forces armées des États-Unis pour envahir ou bombarder de nombreux pays sans autorisation du Congrès. Ou s’ils avaient prétendu être au dessus de la Constitution et du Droit, en s’asseyant sur l’habeas corpus et sur les procédures judiciaires, et en détenant des citoyens américains indéfiniment, employant la torture, espionnant sans autorisations, et en exécutant des citoyens américains en dehors des procédures légales.

En outre, à l’inverse des régimes Clinton, Bush et Obama, l’administration Reagan poursuivait ceux qui violaient la loi. Le Secrétaire d’État Adjoint Elliott Abrams a été condamné, le Conseillé a la Sécurité Nationale Robert McFarlane a été condamné, le Chef des Forces Spéciale d’Amérique centrale de la CIA Alan Fiers a été condamné, Clair George, Chef de la Section des Opérations Secrètes de la CIA a été condamné. Richard Secord a été condamné. Le Secrétaire à la Sécurité Nationale John Poindexter a été condamné. Oliver North a été condamné. La condamnation de North a été annulée par la suite, et le Président George H.W. Bush en a gracié d’autres. Mais l’administration Reagan tenait ses agents responsables devant la loi. Aucun gouvernement depuis Reagan n’a tenu son gouvernement responsable.

Clair George a été condamné pour avoir menti aux Commissions du Congrès. Richard Secord a été condamné pour avoir menti au Congrès. John Poindexter a été condamné pour avoir menti au Congrès. Alan Fiers a été condamné pour avoir caché des informations au Congrès. Comparez ces condamnations avec celle de James R. Clapper aujourd’hui. Le Président Obama a nommé Clapper Directeur du Renseignement National le 5 juin 2010, déclarant que Clapper « possède une qualité que j’apprécie chez mes conseillers : la capacité de dire aux dirigeants ce que devons savoir et non ce que nous voulons entendre ». Avec cet appui, Clapper a menti au Congrès sous serment, ce qui est un crime. Clapper n’a pas été inculpé ni condamné. Il n’a pas même été viré ou poussé à la démission. Pour les agents de l’exécutif, le parjure n’a plus aucune conséquence.

La destruction de l’État de droit et de la responsabilité du gouvernement s’est étendu aux États fédérés et à l’échelon local. Les agents de police ne « servent et ne protègent » plus le public. La rencontre la plus dangereuse que peuvent faire les Américains est avec la police, qui brutalisent les citoyens sans raison et parfois même les abats dans leurs propres maisons et dans les rues. Un badge de police est devenu un permis de tuer, et la police l’utilise jusqu’au bout. Pendant la guerre d’Irak, plus d’Américains ont été assassinés par la police que l’armée a perdu de soldats au combat.

Et rien n’est fait sur ce sujet. Le pays s’apprête à vivre les élections de mi-mandat ce 4 novembre, et les outrages fait aux citoyens par « leur » police n’est pas un sujet de débat. Pas plus que toutes le interventions illégales de Washington dans les affaires internes d’autres pays souverains, ni même l’espionnage anticonstitutionnel qui viole la vie privée des citoyens. Le fait que Washington se prépare à une nouvelle guerre au Moyen-Orient n’est même pas un thème de campagne important pour ces élections.

Aux États-Unis, l’état de droit, et avec lui la liberté, a été perdu. A quelques exceptions près, les Américains sont trop ignorants et indifférents pour réagir. Plus longtemps l’état de droit sera laissé de coté, plus il sera difficile de la rétablir. Tôt ou tard, il disparaitra même des mémoires. Aucun candidat dans les élections à venir n’a fait de l’état de doit un thème de campagne.

Les Américains sont devenus étroits d’esprit et divisés, régis par de petites haines, qui peuvent facilement être montés les uns contre les autres par leurs dirigeants.


Article original en anglais.

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