Est-ce que la Russie et la Chine vont retenir leurs coups jusqu’à ce que la guerre devienne la seule solution ? – Paul Craig Roberts

Publié le 25 septembre 2014


Le discours d’Obama du 24 septembre à l’ONU est la chose la plus absurde que j’ai entendue de toute ma vie. Il est proprement stupéfiant que le Président des États-Unis dise publiquement, ce qui sont de notoriété publique, des mensonges aussi éhontés. Washington démontre par la même occasion sa logique du deux poids deux mesures, et la croyance qu’il aurait, parce que les États-Unis serait un pays « exceptionnel et indispensable », le droit de violer toutes les lois.

Il est encore plus étonnant qu’aucune des personnes de l’auditoire ne se soit levée pour quitter l’assemblée.

Les diplomates du monde entier sont assis là-bas à écouter les mensonges grotesques du plus grand terroriste du monde. Ils l’approuvent même par leurs applaudissements.

Le reste du discours était simplement du grand n’importe quoi : « Nous sommes à la croisée des chemins », « indicateur de progrès », « la réduction des probabilités de guerre entre grandes puissances », « des centaines de millions de gens sortis de la pauvreté », et alors que Ebola ravage l’Afrique « nous avons appris comment soigner les maladies et exploiter la puissance du vent et du soleil ». Nous sommes désormais Dieu. « Nous », désigne « l’exceptionnel peuple » américain. Personne d’autre ne compte. « Nous », c’est tout.

Il est impossible de sélectionner la plus absurde des affirmations du discours d’Obama, ou le mensonge le plus choquant. Est-ce celui ci ? « L’agression russe en Europe nous rappelle l’époque où les grandes nations piétinaient les petites pour satisfaire leurs prétentions territoriales ».

Ou peut-être celui ci ? « Après que le peuple d’Ukraine ait mis en marche des protestations populaires, réclamant des réformes, leur président corrompu s’est enfui. Contre la volonté du gouvernement à Kiev, la Crimée a été annexée. La Russie a déversé des armes dans l’Est de l’Ukraine, alimentant les séparatistes violents et un conflit qui a fait des milliers de morts. Quand un avion de ligne a été abattu depuis des territoires que des fondés de pouvoir (par les russes) contrôlent, ils ont refusé d’autoriser l’accès aux lieux de la catastrophe pendant plusieurs jours. Quand l’Ukraine a commencé à reprendre le contrôle de son territoire, la Russie a abandonné sa prétention de ne faire que soutenir les séparatistes, et a déplacé ses troupes de l’autre coté de la frontière. »

La Terre entière sait que Washington a renversé le gouvernement ukrainien élu, que Washington refuse de divulguer ses photos satellites de la destruction de l’avion de ligne malaisien, que l’Ukraine refuse de révéler les instructions de son contrôle aérien à l’avion de ligne, que Washington a empêché une véritable enquête sur la destruction de l’avion, que les experts européens sur les lieux ont témoigné que les deux côtés du cockpit de l’avion faisait état de tirs de mitrailleuse, un indice que l’avion a été abattu par un chasseur ukrainien qui le suivait. En effet, aucune explication n’a été fournie au sujet du chasseur ukrainien se trouvant sur les talons de l’avion de ligne, guidé par le contrôle aérien ukrainien.

La Terre entière sait que si la Russie avait des prétentions territoriales, lorsque les forces armées russes ont vaincu l’armée géorgienne, entrainée et approvisionnée par les États-Unis, qui avait attaqué l’Ossétie du Sud, la Russie aurait pu s’emparer de la Géorgie et la réintégrer en son sein comme il en avait été pendant des siècles.

Notez que ce n’est pas une agression quand Washington bombarde et envahit sept pays en 13 ans sans déclaration de guerre. L’agression apparait quand la Russie accepte un référendum des Criméens qui ont voté à 97 pour-cent en faveur de la réunification avec la Russie dont elle a fait partie pendant des siècles avant que Khrouchtchev ne l’attache à la République Socialiste Soviétique d’Ukraine en 1954 et alors que l’Ukraine et la Russie faisaient partie du même pays.

Et le monde entier sait que, comme l’a dit le chef des séparatistes de Donetsk, « Si des unités militaires russes combattaient à nos côtés, les actualités ne traiteraient pas de la chute de Marioupol, mais de la chute de Kiev et Lviv ».

Qui est « le cancer de l’extrémisme violent » – l’État-Islamique qui décapite quatre journalistes, ou Washington qui a bombardé sept pays au 21ème siècle, massacrant des centaines de milliers de civils et entrainant le déplacement de millions d’individus ?

Qui est le pire des terroristes – L’État-Islamique, une entité qui est en train de redessiner les frontières artificielles créées par les colonialistes britanniques et français, ou Washington avec sa Doctrine Wolfowitz, fondation de la politique étrangère américaine, qui proclame que le principal objectif de Washington est son hégémonie sur le monde ?

L’État-Islamique est une création de Washington. L’EI est composé de djihadistes que Washington a employé pour renverser Kadhafi en Libye, pour ensuite les envoyer en Syrie pour renverser Assad. Si l’EI est un « réseau de la mort », une « marque du Diable » avec lequel toute négociation est impossible selon les propos d’Obama, c’est pourtant un réseau de la mort créé par le régime Obama lui-même. Si l’EI représente une menace telle que ce que prétend Obama, comment le régime Obama, qui a créé cette menace, peut-il être crédible en menant le combat contre lui ?

Obama n’a jamais précisé, dans ses discours, le problème central auquel le monde faisait face. Ce problème est l’incapacité de Washington d’accepter l’existence de puissants pays indépendants comme la Russie et la Chine. La Doctrine Néoconservatrice Wolfowitz enjoint les États-unis à maintenir son statut d’unique superpuissance. Cette tâche implique que Washington « empêche toute puissance hostile de dominer une région dont les ressources pourrait, sous un contrôle déterminé, être susceptible de générer un pouvoir mondial ». Un « pouvoir hostile » est n’importe quel pays ayant suffisamment de pouvoir ou d’influence pour limiter l’exercice du pouvoir par Washington.

La Doctrine Wolfowitz cible explicitement la Russie : « Notre premier objectif est d’empêcher la ré-émergence d’un nouveau rival, que ce soit sur le territoire de l’ancienne Union-Soviétique ou n’importe où ailleurs ». Un « rival » est défini comme un pays capable de défendre ses intérêts ou ceux de ses alliés contre l’hégémonie de Washington.

Dans ses discours, Obama dit à la Russie et à la Chine qu’ils peuvent faire partie de l’ordre mondial de Washington à la condition qu’ils acceptent son hégémonie et qu’ils n’interfèrent en aucune façon dans l’autorité de Washington. Quand Obama dit à la Russie que les États-Unis vont coopérer avec la elle « si la Russie change de cap », Obama veut dire que Moscou doit accepter la primauté des intérêts de Washington sur les intérêts de la Russie.

Clairement, il s’agit d’une position inflexible et irréaliste. Si Washington s’y accroche, il en résultera une guerre contre la Russie et la Chine.

Obama a dit à la Chine que Washington a l’intention de continuer d’être une puissance pacifique dans la sphère d’influence chinoise, « promouvoir la paix, la stabilité, et la libre circulation des marchandises entre les nations » en construisant de nouvelles bases aériennes et navales américaines, des Philippines aux Viêt-Nam, de sorte que Washington puisse contrôler la circulation des ressources dans la Mer de Chine Méridionale et puisse isoler la Chine à sa guise.

Pour autant que je sache, ni les gouvernements russes ou chinois ne comprennent la gravité de la menace que Washington représente. La prétention de Washington à l’hégémonie mondiale semble être trop farfelue à la Russie et la Chine pour être réelle. Mais c’est bel et bien réel.

En refusant de prendre la menace au sérieux, la Russie et la Chine ne réagissent pas d’une façon qui pourrait y mettre un terme sans recourir à la guerre.

Par exemple, le gouvernement russe pourrait vraisemblablement détruire l’OTAN en réagissant aux sanctions imposées par Washington et l’Union-Européenne en expliquant aux gouvernements européens que la Russie ne vend plus de gaz naturel aux membres de l’OTAN. Au lieu d’utiliser de ce pouvoir, la Russie a stupidement laissé l’UE accumuler des quantités record de gaz pour alimenter les habitations et les industries en vue de l’hiver à venir.

Est-ce que la Russie brade ses intérêts nationaux pour de l’argent ?

La plus grande part du pouvoir de Washington, et son hégémonie financière, repose sur le rôle du Dollar comme monnaie de réserve mondiale. La Russie et la Chine ont été lentes, même négligentes du point de vue de la défense de leur souveraineté, pour tirer parti de leurs opportunités pour ébranler ce pilier du pouvoir de Washington. Par exemple, les pourparlers des BRICS au sujet de l’abandon du système de paiement en Dollar ont été davantage des paroles que des actes. La Russie n’a même pas besoin des États fantoches européens de Washington pour payer le gaz naturel en Roubles.

On pourrait penser qu’un pays comme la Russie faisant face à une hostilité et une diabolisation aussi intense de la part de l’Occident devrait au moins utiliser ses ventes de gaz pour soutenir sa propre devise au lieu du Dollar de Washington. Si le gouvernement russe continue de soutenir les économies des pays européens qui lui sont hostiles et d’empêcher les peuples européens de geler durant l’hiver à venir, la Russie ne devrait-elle pas, en échange de ses fabuleuses concessions à ses ennemis, au moins s’arranger pour soutenir sa propre devise en réclamant des règlements en Roubles ? Malheureusement pour la Russie, elle est infectée d’économistes néolibéraux, formés en Occident, qui représentent les intérêts occidentaux, et pas les intérêts russes.

Quand l’Occident entrevoit une aussi grande faiblesse provenant du gouvernement russe, Obama sait qu’il peut se présenter à l’ONU et dire les mensonges les plus grotesques au sujet de la Russie sans aucun coût d’aucune sorte pour les États-Unis et pour l’Europe. La passivité russe alimente la diabolisation de la Russie.

La Chine a connu plus de succès que la Russie pour utiliser ses opportunités pour ébranler Washington. Par exemple, c’est un fait connu, comme Dave Kranzler et moi même l’avons démontré à plusieurs reprises, la Réserve Fédérale utilise ses agents bancaires du COMEX pour faire baisser le prix de l’Or pour protéger la valeur du Dollar des politiques de la Réserve Fédérale. La méthode employée par ses agents bancaires, est de faire baisser le prix de l’Or avec d’énormes quantités de ventes à découverts nues pendant les périodes de volumes d’échanges faibles à inexistants.

La Chine ou la Russie, ou les deux, peuvent profiter de cette opportunité pour acheter tous les titres de ventes à découverts nues ainsi que toutes les positions à court terme, le cas échéant, et réclamer des livraisons de métal plutôt que des règlements en liquide. Ni le COMEX de New York, ni le marché de Londres ne peuvent fournir de métal, et le système imploserait. La conséquence d’un défaut de livraison pourrait être catastrophique pour le système financier occidental, mais cela démontrerait la nature corrompue des institutions financières occidentales.

Ou bien la Chine pourrait porter un coup plus mortel. Choisissant un moment de forte inquiétude ou de perturbation des marchés financiers américains, la Chine pourrait déverser sur les marchés ses milliards de Dollars ainsi que ses avoirs en bons du trésor américain, voire tous ses titres de produits financiers américains. La Réserve Fédérale et le Trésor américain pourrait tenter de stabiliser la valeur des produits financiers américains en imprimant de la monnaie pour acheter les titres et autres actifs. Cette création monétaire augmenterait l’inquiétude au sujet de la valeur du Dollar, et à ce moment là, la Chine pourrait se débarrasser de ses milliards de Dollars plus ceux obtenus par la vente de ses actifs financiers sur les marchés financiers. La Réserve Fédérale ne peut pas imprimer de monnaies étrangères avec lesquelles soutenir la valeur du Dollar. La valeur du Dollar s’effondrerait en même temps que son rôle comme monnaie de réserve mondiale. Les États-Unis ne seraient plus qu’un autre pays à genoux incapable de payer ses importations.

Possiblement, Washington pourrait mettre les Banques Centrales japonaise et européenne à contribution pour imprimer suffisamment de Yens et d’Euros pour acheter les Dollars en vente. Cependant, il est vraisemblable que cela ferait baisser le Yen et l’Euro en même temps que le Dollar.

Un afflux massif de capitaux se tourneraient vers les devises chinoises et russes, et s’en serait terminé de l’hégémonie financière de l’Occident.

Par leur retenue, la Russie et la Chine permettent à Washington de les agresser. La semaine dernière, Washington a poussé ses milliers d’ONG, opérant à Moscou, dans la rue pour protester contre « la guerre de Poutine contre l’Ukraine ». Sottement, la Russie a permis à des intérêts étrangers de s’emparer de ses journaux, et ces intérêts dénoncent continuellement Poutine et le gouvernement russe devant leurs lecteurs russes.

Est-ce que la Russie a vendu son âme et son système médiatique pour des Dollars ? Est-ce qu’une poignée d’oligarques ont trahi la Russie pour des dépôts bancaires en Suisse et à Londres ?

La Russie ainsi que la Chine ont des populations musulmanes parmi lesquelles la CIA agit pour encourager la sédition, la rébellion et la violence. Washington a l’intention de démanteler la Fédération de Russie en pays plus petits et plus faibles qui ne pourraient pas faire obstacle à l’hégémonie de Washington. La crainte de dissensions au sein de leurs populations musulmanes de la part des russes et des chinois, a entrainé ces deux gouvernements à commettre l’erreur stratégique extrêmement grave de s’aligner avec la lutte de Washington contre l’État-Islamique et avec sa politique visant à préserver son status quo dans le monde musulman.

Si la Russie et la Chine réalisent la menace mortelle que Washington représente, leurs deux gouvernements devraient coordonner leurs efforts selon l’antique principe « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». La Russie et la Chine devraient armer l’État-Islamique de missile sol-air pour abattre les avions américains et lui fournir un appui en terme de renseignements militaires pour parvenir à une défaite américaine. En même temps que cette défaite, surviendrait un renversement de l’Arabie Saoudite, du Bahreïn, du Qatar, des Émirats Arabes Unis, de la Jordanie, de l’Égypte ainsi que toutes les dirigeants des États fantoches des États-Unis dans la région. Washington perdrait le contrôle du pétrole, et le pétrodollar ne serait plus qu’un vieux souvenir. Il est stupéfiant qu’au lieu de cela, la Russie et la Chine contribuent à soutenir la mainmise de Washington sur le Moyen Orient, ainsi que le pétrodollar.

La Chine est l’objet de tout un éventail d’attaque. La Fondation Rockefeller a fabriqué des agents américains dans les universités chinoises, du moins, c’est ce que m’en ont dit des universitaires chinois. Les sociétés américaines implantées en Chine créent des comités de direction chinois dans lesquels ils placent des dignitaires locaux et régionaux du Parti. Cela accroît la loyauté du gouvernement central à la monnaie américaine. En outre, la Chine compte de nombreux économistes formés aux États-Unis qui sont imprégnés de néolibéralisme économique et qui représentent les intérêts de Washington.

Il y a, à la fois en Russie et en Chine, un pourcentage significatif de la population qui voudrait devenir occidentale. La défaillance du communisme dans ces deux pays et le succès de la propagande américaine, issue de la Guerre Froide, ont créé une allégeance envers les États-Unis au lieu de leurs propres gouvernements. En Russie, ils sont appelés « Intégrationnistes Atlantistes ». Ce sont des Russes qui désirent être intégrés à l’Occident. J’en sais peu au sujet de leurs équivalents chinois, mais la jeunesse est séduite par le matérialisme occidental et le libertarisme sexuel.

L’incapacité des gouvernements russes et chinois de mettre un terme à la menace, envers leur existence en tant que pays souverain, causée par l’obsession des néoconservateurs à une hégémonie américaine rend la guerre nucléaire réellement probable. Si la Russie et la Chine entrent trop tardivement dans la danse, leur seul choix seront la guerre ou la soumission à l’hégémonie américaine. Comme il n’est pas possible pour les États-Unis et l’OTAN d’envahir et d’occuper la Russie et la Chine, la guerre serrait nucléaire.

Pour éviter cette guerre, qui, comme de nombreux experts l’ont démontré, exterminerait toute forme de vie sur Terre, les gouvernements russes et chinois doivent évaluer de façon beaucoup réaliste le fléau provenant du fait que Washington a fait des États-Unis le pire État terroriste au Monde.

Il est possible que la Russie, la Chine, et le reste du Monde soient sauvés par l’effondrement économique américain. L’économie américaine est un château de cartes. Le revenu réel médian par foyer connait un déclin de long terme. Les universités produisent des étudiants diplômés et ayant de lourdes dettes, mais sans emploi. Le marché obligataire est trafiqué par la Réserve Fédérale qui doit manipuler le COMEX pour protéger le Dollar. Le marché boursier est trafiqué par le déversement monétaire provenant de la Fed, par le Groupe de travail sur les marchés financiers, et par les sociétés qui rachètent leurs propres stocks. Le Dollar est soutenu par tradition, par habitude, et par le Swap de devises.

Le château de cartes américain se maintient uniquement du fait de la tolérance du Monde envers une immense corruption et désinformation, et parce la cupidité est repue de monnaie produite par un système truqué.

La Russie et/ou la Chine pourrai(en)t mettre à terre ce château de cartes, quand l’un de ces pays, ou les deux, développera les aptitudes de meneurs le leur permettant.


Article original en anglais.

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