Lettre au rédacteur – Paul Craig Roberts

Publié le 07 septembre 2014


Cet article a été publié dans l’édition de l’automne 2009 de The Independent Review.

Le compte rendu, par Paul R. Gregory, de l’élimination des voix dissidentes par Lénine (“The Ship of Philosophers,” The Independent Review 13, n° 4 [Printemps 2009] : 485–92) ne donne aucune explication sinon que les dictateurs craignent la contestation. Lénine, cependant, avait des raisons supplémentaires de ne tolérer aucune contestation. En 1917, il a surpris le monde du marxisme quand il s’est emparé du pouvoir en Russie au nom d’un prolétariat socialiste qui n’existait pas. Il justifia ses actes par la volonté d’engager une transition immédiate vers une économie socialiste, et ainsi mettre en place les conditions matérielles pour la réussite de la Révolution Bolchévique.

L’échec de la transition vers le socialisme plaça Lénine face au dilemme d’une superstructure politique socialiste reposant sur les fondations intenable de la production de produits de base. Selon la doctrine du matérialisme historique de Marx, la conscience du peuple est déterminée par le mode de production des moyens matérielle. L’incohérence marxiste de la révolution de Lénine, avec le mode de production sous-jacent, l’a fait se sentir vulnérable. Il estima que la révolution politique pouvait être maintenue pour une période indéterminée par le contrôle des « grands leviers de décision » par le Parti Communiste. Lors de cette période, le parti aurait à préparer les conditions nécessaires pour la transition vers le socialisme.

Le contrôle des leviers de décision signifie le contrôle des débats. Les dissidents incluaient des intellectuels marxistes qui critiquaient Lénine pour placer le pouvoir au dessus de principes marxistes. (Voir l’introduction de mon livre Alienation and the Soviet Economy, 2d ed. [Oakland, Calif.: The Independent Institute, 1999].) Si on prend au sérieux les implications du programme marxiste, nous comprenons la nécessité, dans l’esprit de Lénine, d’éliminer la contestation.

Gregory suggère que les dictatures se sont effondrées dans les pays Baltes et en Europe de l’Est du fait de « la résistance majoritairement non violente des peuples » (p. 492, Citant Gene Sharp). J’ajouterais que le communisme s’est effondré parce que le Parti Communiste avait perdu la foi. Au fil des décennies, le parti s’est épuisé en nageant à contre courant de la réalité.


Article original en anglais

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