La guerre de Washington contre la Russie — Paul Craig Roberts

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Les nouvelles sanctions contre la Russie annoncées par Washington et l’Union-Européenne n’ont pas de sens en tant que mesures purement économiques. Je serais surpris si les industries pétrolière et militaire russes étaient tributaires des marchés de capitaux européens de façon significative. Une telle dépendance indiquerait un échec dans la réflexion stratégique russe. Les entreprises russes devraient être en mesure de garantir un financement adéquat de la part des banques russes ou du gouvernement russe. Si les prêts étrangers sont nécessaires, la Russie peut emprunter à la Chine.

Si les industries stratégique russes sont dépendantes des marchés de capitaux européens, les sanctions vont aider la Russie en mettant un terme à cette dépendance débilitante. La Russie ne devrait pas être dépendante de l’Occident d’aucune façon.

La vraie question porte sur les objectifs des sanctions. Ma conclusion est que l’objectif des sanctions est de rompre et miner les relations économiques et politiques de l’Europe avec la Russie. Lorsque les relations internationales sont intentionnellement compromises, cela peut aboutir en une guerre. Washington va continuer à intensifier les sanctions contre la Russie jusqu’à ce que la Russie démontre à l’Europe que cela coûte cher de servir d’outil de Washington.

La Russie doit interrompre ce processus de ‘toujours plus de sanctions’ pour faire échouer la course vers la guerre. Selon moi, c’est une chose facile à faire pour la Russie. Cette dernière peut dire à l’Europe que ‘puisque que vous n’aimez pas nos compagnies pétrolières, vous devez ne pas aimer nos compagnies gazières, alors nous allons couper le gaz‘. Ou bien elle peut dire à l’Europe, ‘nous ne vendons pas de gaz naturel aux membres de l’OTAN‘, ou la Russie peut dire ‘nous allons continuer à vous vendre du gaz, mais vous devez payer en Roubles, pas en Dollars‘. Cela aurait le bénéfice supplémentaire d’augmenter la demande de Roubles sur les marchés de change, rendant ainsi la tâche plus difficile pour les spéculateurs et le gouvernement américain de faire baisser le Rouble.

Le véritable danger pour la Russie est de faire perdurer sa réaction prudente, modérée envers les sanctions. C’est une réaction qui incite à plus de sanctions. Pour mettre un terme à ces sanctions, la Russie doit montrer qu’elles ont un coût élevé pour l’Europe.

Une réaction russe à Washington pourrait être de cesser de vendre aux États-Unis les moteurs-fusées desquels le programme satellitaire américain est dépendant. Cela laisserait les États-Unis sans vecteur pour ses satellites pour six ans durant la période allant de 2016 à 2022.

Probablement le gouvernement russe est-il inquiet de la perte des revenus de la vente du gaz et des moteurs-fusées. Cependant, l’Europe ne pourrait rien faire sans gaz et pourrait rapidement abandonner sa participation aux sanctions, de sorte qu’aucun revenu du gaz ne serait perdu. Les américains développeront leur propres moteurs-fusées de toute façon, donc les ventes de moteurs-fusées aux États-Unis dureront au mieux 6 ans de plus. Mais si les États-Unis ont un programme satellitaire bancal pendant six ans, cela provoquerait un grand soulagement dans le monde entier au sujet du programme d’espionnage américain. Cela rendrait difficile une agression militaire américaine contre la Russie pendant cette période.

Le Président russe Poutine et son gouvernement ont été très prudents et apaisants en réponse aux sanctions et aux problèmes que Washington continue de leur causer en Ukraine. Le comportement prudent de la Russie peut être considéré comme une stratégie pour saper l’utilisation de l’Europe par Washington contre elle en présentant un visage non menaçant à l’Europe. Cependant, une autre explication est la présence à l’intérieur de la Russie d’une cinquième colonne qui représente les intérêts de Washington et limite le pouvoir du gouvernement russe.

Strelkov décrit la cinquième colonne américaine ici :
[Anglais] We Will Not Allow for Russia to be Ripped Asunder and Ruined
Vidéo en russe avec des sous-titres français :

Saker décrit les deux groupes de pouvoir au sein même de la Russie comme les Souverainistes Eurasiatiques qui soutiennent Poutine et une Russie indépendante, et les Intégrationnistes Atlantistes, la cinquième colonne qui œuvre à l’incorporation de la Russie à l’Union Européenne sous hégémonie américaine ou, à défaut, qui aiderait Washington à morceler la Fédération de Russie en plusieurs pays qui seraient trop faibles pour s’opposer à l’usage de la force par Washington.
Strelkov nageait avec des piranhas, maintenant il nage avec de grands requins blancs

Les Intégrationnistes Atlantistes partagent les doctrines Brzezinski et Wolfowitz avec Washington. Ces doctrines sont à la base de la politique étrangère américaine. Ces doctrines définissent les objectifs de la politique étrangère américaine pour empêcher l’ascension d’autres pays, comme la Russie et la Chine, qui pourraient limiter l’hégémonie de Washington.

Washington est en position d’exploiter les tensions entre ces deux groupes de pouvoir russes. La cinquième colonne de Washington n’est pas la mieux placée pour l’emporter. Cependant, Washington peut au moins compter sur la lutte entrainant des dissensions au sein même des Souverainistes Eurasiens au sujet de la réaction prudente aux provocations occidentales de la part de Poutine. Certains de ces désaccords peuvent être observés dans la défense de la Russie par Strelkov et davantage peuvent être vus ici :
[Anglais] The New Round of Sanctions – The Pre-War Period

La Russie, pensant que la Guerre Froide avait pris fin avec l’effondrement de l’Union Soviétique, s’est ouverte à l’Occident. Les gouvernements russes ont fait confiance à l’Occident, et en raison de la crédulité de la Russie, l’Occident a été en mesure d’acheter de nombreux alliés parmi les élites russes. S’appuyant sur un éventuel alignement des médias, ces élites compromises sont capables d’assassiner Poutine et de tenter un coup d’État.

On pourrait penser que le gouvernement de Poutine pourrait désormais reconnaitre le danger et arrêter les principaux éléments de la cinquième colonne, il s’ensuivrait des procès et des exécutions pour trahison, de sorte que la Russie soit unifiée contre la menace occidentale. Si Poutine ne franchit pas ce cap, cela signifie que soit Poutine méconnait l’ampleur de la menace, soit que son gouvernement n’a pas le pouvoir de protéger la Russie contre une menace interne.

Il est clair que Poutine n’a obtenu aucun sursis pour son gouvernement, en propagande et en agressions économiques de l’Occident, en refusant de défendre le territoire du Donbass de l’attaque ukrainienne et en pressant la République de Donetsk d’accepter un cessez-le-feu alors que leurs forces armées étaient sur le point d’obtenir une défaite majeure de l’armée ukrainienne. Tout ce que Poutine a obtenu est de s’exposer aux critiques parmi ses partisans pour avoir trahi les russes dans l’Est et le Sud de l’Ukraine.

Les politiciens et élites européennes sont tellement dépendantes de Washington que Poutine a peu de chance de courtiser l’Europe avec une démonstration de bonne volonté. Je n’ai jamais cru que cette stratégie puisse fonctionner, même si je serais heureux que cela puisse être le cas. Seule la menace directe de priver l’Europe d’énergie a une chance de faire émerger en Europe une politique étrangère indépendante de Washington. Je ne pense pas que l’Europe puisse survivre à une rupture d’approvisionnement en gaz naturel russe. L’Europe abandonnerait les sanctions afin de garantir l’approvisionnement en gaz. Si l’emprise de Washington sur l’Europe est si puissance qu’elle est prête à supporter une rupture majeure d’approvisionnement en énergie comme prix de sa servilité, la Russie saura mettre fin à ses vaines tentatives diplomatiques et se préparera à la guerre.

Si la Chine reste assise sur le banc de touche, elle sera la prochaine cible isolée et subira le même traitement.

Washington a l’intention de vaincre ces deux pays, que ce soit par des dissensions internes ou par la guerre.

Aucune déclaration d’Obama, ou de n’importe quel membre de son gouvernement ou toute voix influente au Congrès, n’indique un recul de Washington dans sa course pour l’hégémonie mondiale.

L’économie américaine dépend désormais du pillage et du vol, et l’hégémonie de Washington est indispensable à cette forme pervertie de capitalisme.


Article original en anglais.

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