Pas d’économie pour les Américains – Paul Craig Roberts

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Comme beaucoup d’entre vous le savent, quand j’ai tenté de prendre ma retraite il y a quelques années, vous n’avez pas voulu en entendre parler.

J’ai démissionné de mon emploi d’éditorialiste et dit « adieu ». Au travers de milliers de courriels, vous m’avez fait part de votre confiance dans mon expérience et mon instruction pour vous aider à comprendre, d’une façon objective, les événements actuels. Vous m’avez convaincu. J’ai mis un terme à ma retraite, mis en place ce site internet, et vous l’avez fidèlement soutenu.

Ce site est le votre. Il vivra aussi longtemps que vous le soutiendrez.
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L’indice Dow Jones a terminé la séance de vendredi (05/09/2014) à 17.137 points, en dépit du fait que, selon le rapport sur la situation de l’emploi, il n’y a eu qu’une misérable augmentation de 125.000 nouveaux emplois en Août, augmentation insuffisante pour faire face à l’accroissement de la population en âge de travailler.

Aussi, ce petit chiffre de 125.000 emplois est incohérent avec la deuxième estimation de l’Institut des Analyses Économiques de la croissance de 4,2% du PIB au second trimestre 2014 – un chiffre dépassant la capacité de l’économie américaine actuelle.

Clairement, les statistiques économiques sont en contradiction les unes avec les autres. Elles ne collent pas non plus à la réalité.

Une des raisons pour laquelle les marchés financiers sont à un haut niveau est la quantité massive de liquidités que la Réserve Fédérale a déversé dans le système bancaire depuis 2008. Au lieu de doper la consommation, cet argent fait grimper les prix des actions et des obligations.

Une autre raison expliquant le niveau artificiellement élevé des marchés financiers sont les milliards de dollars de rachat de leurs propres stocks par les entreprises américaines. Beaucoup de ces entreprises ont emprunté aux banques afin de faire monter les prix de leurs actions par des achats massifs de titres, démultipliant ainsi les bonus des dirigeants et les stock options des membres des conseils d’administration. Dans les faits, ils pillent leurs propres entreprises en les chargeant de dettes pour augmenter les revenus des dirigeants.

L’augmentation des marchés n’est due ni à l’augmentation des revenus des consommateurs, ni a celles des ventes au détail. Le revenu médian réel par foyer a chuté, et les ventes au détail, au mieux, stagnent.

Analysons la composition des ces pathétiques 125.000 nouveaux emplois, puis nous allons étudier s’il s’agit d’emplois réels ou imaginaires. (Gardez en tête que le marché de l’emploi inclus les temps partiels et que le nombre d’emplois rémunérés ne correspond pas au nombre de personnes employées, parce que beaucoup d’Américains joignent les deux bouts en ayant deux voire trois emplois.)

Comme je le dis depuis des années, l’économie américaine n’est plus en mesure de créer des emploi productifs. Le rapport sur la situation de l’emploi provenant de l’Institut des Statistiques du Travail (BLS) ne fait apparaitre d’aucun emploi industriel. J’ai lu récemment que les États-Unis ont désormais quatre ou cinq fois plus de personnes bénéficiant de timbres alimentaires que d’emplois industriels.

Les emplois dans la Nouvelle Économie sont faiblement rémunérés, dans des services locaux non productifs (non délocalisables) – des emplois qui caractérisent une économie du Tiers Monde.

Peut-être que cela reflète l’effondrement des ventes au détail, le secteur du commerce de détail a perdu 8.400 emplois en Août.

« Les services aux professionnels et aux entreprises » comptent pour 47.000, soit 38% des nouveaux emplois d’Août. Parmi ces 47.000 nouveaux emplois, 49% se trouvaient dans les « services administratifs et de gestion des déchets, » principalement en intérim.

« La santé et l’assistance sociale » compte pour 42.700, soit 34% des nouveaux emplois dont 53% sont constitués de « services de soin à domicile. »

Les serveuses et barmans comptent pour 21.100, soit 17% des nouveaux emplois.

Il y a 8.000 nouveaux emplois gouvernementaux, soit 6% des 125.000 nouveaux emplois.

C’est tout. Voila la situation de l’emploi de « la seule superpuissance mondiale », « la plus grande économie du monde », « les gens les plus riche au monde. » C’est le marché du travail d’un pays du Tiers Monde.

Et maintenant la vrai question : Ces 125.000 nouveaux emplois sont-ils réels, ou sont-ils une illusion statistique. Le statisticien John Williams (shadowstats.com) affirme que ces emplois sont une illusion crée par « les variables d’ajustement saisonniers dans le processus des ajustements saisonniers concurrentiels utilisé par le BLS » et par le cycle de vie de l’emploi, qui suppose qu’il y a davantage de créations d’emplois non répertoriées chaque mois dans de nouvelles jeunes pousses qu’il n’y a de destructions d’emplois non répertoriées. Williams dit que sans les astuces utilisées par le BLS pour créer des emplois inexistants, l’évolution réelle du marché de l’emploi en Août « fut une sévère contraction supérieure à 125.000 emplois. » En d’autres termes, l’économie n’a pas gagné 125.000 emplois. Elle a perdu 125.000 emplois.

Depuis le régime Clinton, l’économie américaine réussi aux Un Pour-Cent, et ça marche pour eux car le gouvernement fait renflouer les Un Pour-Cent par les 99 pour-cent. L’économie américaine est une Économie Aristocratique qui fonctionne pour une poignée privilégiée par le gouvernement, et pour personne d’autre. Pour comprendre cette dure réalité, lisez le livre de Nomi Prins, All the Presidents’ Bankers.

Bien sur, le chiffre réel est plutôt Dix Pour-Cent et les 90 pour-cent. Le vocable Un Pour-Cent s’est répandu parce que les plus riches de ces un pour-cent sont tous des multi-milliardaires disposant de plus d’argent qu’une famille ne pourrait en dépenser en plusieurs vies.

L’époque où les entreprises américaines avaient encore un sens des responsabilités sociales est désormais révolu. Deux Américains réputés, publiés par Daedalus, l’un des rares éditeurs n’étant pas (encore) sous le contrôle d’un grand groupe, montrent que les entreprises américaines sont devenues socialement déficientes parce qu’elles servent uniquement les actionnaires et les dirigeants.
The American Corporation – Ralph Gomory & Richard Syll (PDF)

Historiquement aux États-Unis, les entreprises avaient des responsabilités envers leurs clients, leurs employés, leurs communautés, et leurs propriétaires. Il y a quelques années,cela a changé. De nos jours les entreprises ne n’inquiètent que de leurs actionnaires. Si les bénéfices montent, les dirigeants reçoivent des primes de performance parce qu’ils servent les actionnaires.

Résumer la réussite des dirigeants à un seul indicateur a d’énormes conséquences négatives pour tout le monde. Les Américains souffrent de nombreuses façons différentes. Leurs emplois, à la fois industriels et de services productifs (délocalisables), par exemple le génie informatique, ont été délocalisés et confiés à des étrangers. Les Américains ont été privés de revenus d’intérêt si bien que d’anciens haut responsables de banques, aux affaires dans le gouvernement américain, ont pu sauver les banques que la dérégulation a permis de surcharger de dettes et de risques.

Le coût des services client a été rejeté sur les consommateurs qui perdent un temps fou à attendre avant de pouvoir parler à une personne réelle pouvant réparer l’erreur que la compagnie a faite. Le déchainement de cupidité comme seule vertu et la pression venant de Wall Street pour augmenter les profits ont entrainé beaucoup de fournisseurs de services, comme dans la téléphonie et internet, à renoncer à l’entretient et la modernisation des installations afin de maîtriser les coûts et augmenter les profits. Mon téléphone a cessé de fonctionner le 3 septembre, et mon fournisseur d’accès manquait de techniciens pour réparer ma ligne avant le 8 septembre au soir. L’année dernière mon fournisseur d’accès à internet a été incapable de rétablir ma connexion pendant 10 jours. Si vous appelez au sujet d’un problème de facturation ou de connexion, les compagnies vous gardent en ligne une éternité, en attendant d’obtenir une personne réelle, pendant qu’ils tentent de vous vendre de nouveaux services même si ceux que vous avez achetés ne fonctionnent pas.

Un nombre suffisant de techniciens pour garantir la satisfaction du consommateur implique des coûts plus élevés, moins de profits, moins de dividendes pour les actionnaires et moins de primes de performance pour les dirigeants. Devinez qui paye ces énormes récompenses aux propriétaires et aux actionnaires – les consommateurs.

Je me rappelle l’époque de AT&T, un monopole régulé. Tout fonctionnait très bien. Tous les problèmes étaient réglés en deux heures, sauf catastrophe majeure comme un ouragan ou une tornade. On obtenait une vrai personne avant la troisième sonnerie, et pas une voix enregistrée, et la personne qui répondait pouvait résoudre n’importe quel problème. Il n’existait pas une demi-douzaine ou une douzaine de menus à sélectionner avant d’attendre encore un autre quart-d’heure à écouter des publicités.

Les profits réalisés en faisant reposer les coûts sur les consommateurs ne sont pas légitimes. Les profits réalisés en délocalisant les emplois américains ne sont pas légitimes. Les profits réalisés en corrigeant les erreurs de gestion grâce aux contribuables qui fournissent les fonds, mais ne partagent pas les primes, ne sont pas légitimes.

Les profits obtenus par la constitution de monopoles privés, comme il en va dans l’industrie des « services » financiers, ne sont pas légitimes.

En Amérique, les franchises, les chaines, les grands magasins ont détruit un large éventail d’entreprises indépendantes et familiales qui permettaient aux Américains entreprenant d’avoir une existence indépendante.

La dérégulation du libre marché en Amérique a créé une économie au service d’une minorité, ce qui explique la concentration extraordinaire, au 21ème siècle, des revenus et des richesses entre les mains de quelques un – une autre caractéristique définissant une pays du Tiers Monde.

Le capitalisme américain a échoué. Il ne peut plus créer d’emplois pour la population active, et ses profits proviennent de sa capacité politique à faire reposer les coûts sur la population américaine.


Le Docteur Roberts a occupé des postes dans quatre des plus prestigieuses universités, étudié avec deux prix Nobel d’économie, fut l’auteur de 20 articles évalués par les pairs dans des revues boursières  et a publié quatre livres universitaires évaluées par les pairs, incluant les universités de Harvard et d’Oxford, et sept livres vendus dans le commerce. Son récent ouvrage, The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution Of The West est disponible en allemand, anglais, chinois, et est à paraitre en coréen et tchèque.


Article original en anglais.

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